Sud de l’Arizona

Moins en altitude que le nord, le sud de l’Arizona est le royaume des cactus, en particulier, de l’endémique et très charismatique Saguaro. Dans les villes, comme à Tucson, l’influence de la culture et gastronomie mexicaine est grandement présente. Toujours plus de sites d’escalade sont découverts au fur et à mesure de l’exploration du désert mais leur accès n’est pas toujours évident. Question grimpe, nous nous sommes concentrés sur Mount Lemmon et Cochise Stronghold, deux sites incontournables du coin.

1. Escalade dans le sud de l’Arizona

1.1. Mount Lemmon

Surplombant la ville de Tucson, le Mount Lemmon (2791 mètres d’altitude) est le point culminant du massif des Santa Catalina Mountains. Le Mount Lemmon est assez exceptionnel d’un point de vue environnemental puisque de sa base à son sommet se retrouvent 5 des 7 zones climatiques des Etats-Unis, commençant à sa base par le désert et finissant à son sommet par les forêts de conifères telles qu’on les trouve au Canada.

Plusieurs sites d’escalade (pour la majorité des voies sportives d’une longueur) se trouvent à différentes altitudes permettant ainsi de grimper toute l’année. Le granite est bien sculpté avec des réglettes et beaucoup de petites failles et même si ce n’est pas le plus solide des rochers, la qualité de la grimpe est bien.  Avec un grand choix de petits secteurs on y trouve aussi une grande variété de style de grimpe. Une petite sélection de voies, dans les secteurs Windy Point et Milagrosa Canyon, qui nous a été recommandée et que nous validons est la suivante:

Steves Arete (11a, arête déversante), Holy Moly (11d, petites réglettes au début), Arizona Flyways (11c, long, varié et physique), Four Play (11b, vertical, très technique), The Wizard (12a, dièdre technique).

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Steves Arete

Un détail à mentionner: la salle de bloc (Rock and Ropes) à Tucson est une bonne adresse à connaitre pour les grimpeurs qui voyagent. Elle n’offre pas seulement la possibilité de passer une journée de pluie mais, à notre grande surprise, de pouvoir prendre une douche gratuitement (après avoir signé un formulaire où il faut donner son accord que c’est dangereux de faire du bloc).

1.2. Cochise Stronghold

A 30 km de la frontière Mexicaine, se trouve le massif granitique de Cochise Stronghold. C’est un labyrinthe de dômes couvert de lichen jaune fluo, de piliers et d‘aiguilles, séparés par des couloirs à la végétation dense de toutes sortes de yuccas, de cactus et d’autres plantes typiques des terrains arides. C’est un endroit sauvage et d’une grande beauté.

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Le lieu est aussi chargé d’histoire puisque, dans ces montagnes, se sont cachés les derniers indiens Apaches Chiricahua, sous la direction de leur chef Cochise. Ils organisèrent la résistance et la défense de leur terre contre les américains d’origine européenne. Après des négociations de paix, ils furent quand même transportés dans des réserves aux conditions précaires aux quatre coins des États-Unis dans des lieux et des climats complétements inconnus pour eux.

Le site d’escalade est accessible par l’est ou par l’ouest. Chacun des cotés permet d’accéder à différentes voies d’escalade. Nous avons passé deux jours dans la partie est et un jour dans la partie ouest avant d’être chassé par la pluie. Les voies d’escalade faisant entre 3 et 5 longueurs pour la plupart, il est possible d’en combiner plusieurs dans la journée. Nous vous en présentons 4 ci-dessous: Les trois premières sont accessibles de la partie est, la dernière de la partie ouest :

1.2.1. What’s my line

What’s my line (5.6, A0, 3 longueurs) est une grande classique du site. C’est peut-être une des voies les plus extraordinaire au monde pour ce niveau.

L’approche même est déjà intéressante et pas donnée. Il faut être attentif pour la navigation dans ce terrain labyrinthique. La voie ne démarrant pas du sol, pour arriver à son départ, il faut passer par du terrain assez raide avec des cheminées et des couloirs entre des grands blocs. A la fin, on traverse une crevasse rocheuse (comme on le voit sur la photo ci dessous) pour se retrouver presque au milieu du mur et là ça envoie du gaz toute de suite.

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Marche (ou grimpe) d’approche de what’s my line

Ensuite, la grimpe part dans un grand mur raide parsemé de chicken heads énormes. La voie se protège avec des sangles. Les relais sont équipés sauf celui entre la deuxième et la troisième longueur. Pour ce dernier, il faut trouver de bons chicken heads autour desquels on installera des sangles. A la fin de la voie, les chicken heads disparaissent pour laisser la place à une traversée sur une rampe étroite et un petit dièdre technique qui n’est pas à sous-estimer.

1.2.2. Endgame

Endgame (10b, 5 longueurs) se trouve sur le Rockfellow group. Ce dernier est le massif le plus impressionnant de Cochise. Et nous avons bien fait d’y grimper parce que la voie que nous avions choisi est une des meilleures de notre voyage aux USA. Le rocher est extraordinaire, les longueurs tops, la vue du sommet est belle et la descente en rappel est originale dans une grande cheminée et à travers d’un trou pour sortir de l’autre coté du rocher.

Le début en dalle raide et en traversée ne rigole pas et il faut s’engager directement dans le crux de toute la voie. Le meilleur vient ensuite avec le rocher dont les structures sont décrites comme « peau d’alligator ». Après cette super expérience, il reste un toit avec des bacs, puis 8 mètres sans spits sur des galets énormes jusqu’au relais. Nous n’avons pas trouvé une longueur pareille et cela vaut le coup d’aller à Cochise même que pour cette longueur.

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Le rocher en « peau d’aligator »

La 2ème longueur se passe sur un beau pilier avec des grandes failles et des bacs partout mais il faut être sur de soi et grimper pas mal entre les possibilités de poser une sangle ou un coinceur.

La 3ième longueur demande des pas physiques pour sortir d’un dièdre et arriver sur un mur bien au dessus du vide avec des bacs partout comme dans la salle. Incroyable.

La 4ième longueur est inclinée, le style change et il faut faire confiance à ces pieds et tenir des petites réglettes.

La dernière longueur est moins intéressante comme le rocher est moins solide mais la bonne protection avec des spits permet d’arriver au sommet sans trop de peur.

Le sommet avec le lichen jaune fluo ressemble à un micro cosmos avec des trous et des bassines remplis d’eau, des arêtes et des dalles.

Au sommet de End Pinnacle où se termine la voie Endgame

1.2.3. Inner Passage

Une voie très spéciale mais est-ce qu’on peut vraiment parler d’une voie? Un passage comme le dit le nom semble plus approprié. Elle passe entre deux tours, d’un coté du massif à l’autre, sans faire un sommet. Le style est en cheminées et en « squeeze chimneys ». Les squeeze chimney sont des cheminées tellement étroites qu’il ne faut mieux pas avoir trop manger avant de se lancer dans la voie. Pour vous donner une idée, nous avons deux fois essayer de faire le début de la voie avec cordes et casques mais Michel n’a pas réussi à passer. La solution radicale a été de se débarrasser du baudrier, de tous le matériel d’escalade et du casque aussi. C’est un style engagé comme on a aucun moyen de sécurité avec soi. Heureusement c’est quasiment pas possible de tomber dans ces passages étroits. C’est compliqué pour avancer, surtout si on est pas un expert de ce style particulier d’escalade. On peut recommandez des vieux habits (et même des protections pour les genoux?). Après la montée de départ, on arrive dans un corridor d’une largeur de 25 centimètres où on peut avancer en marchant en crabe. Ça ressemble un peu à de la spéléo et il ne vaut mieux pas être claustrophobe. Ensuite on se retrouve dans une pièce plus spatiale bien à l’intérieur du massif Rockfellow. Nous avons fait demi tour à cette endroit car la suite continuait en une traversée en cheminée qui montait plusieurs mètres au dessus du sol et on appréhendait le risque de se faire une cheville en tombant. La voie reste quand même une aventure assez spéciale!

1.2.4. Peacemaker

Cochise ouest

A partir d’un très beau coin pour le camping sauvage nous avons choisi de grimper sur la formation de Sheepshead, qui est la plus importante du côté ouest. Parmi les nombreuses voies, nous avons choisi Peacemaker (10a, 6 longueurs), qui est bien équipée avec des spits. Le rocher est aussi beau que celui du coté est. On y retrouve le même lichen coloré. La voie commence avec une dalle en adhérence et offre ensuite des passages très variés avec des prises très sculptées. Après un peu de pluie le matin, un vent très fort a séché le rocher en quelques minutes. Nous avons eu le site que pour nous comme personne d’autre n’était assez motivé pour grimper dans ces conditions.

Nous avons quitter le site de Cochise avec une très bonne impression de l’escalade. Les voies choisies sont toutes de très hautes qualité, dans un cadre sauvage et peu fréquenté.

2. Parcs Nationaux et visites dans le sud de l’Arizona

2.1. Saguaro National Park

Les déserts ne sont pas seulement de grandes étendues de sable. Ils possèdent au contraire une importante biodiversité. D’ailleurs, chaque désert ne se ressemble pas. Le désert de Sonora possède un ambassadeur très charismatique et unique au monde : le cactus Saguaro.

La diversité du désert de Sonora, avec, sur cette photo, 4 espèces différentes de cactus. En premier plan, se trouve un Ferocactus wislizenii (fishhook cactus), au centre un Cylindropuntia leptocaulis (Cholla pencil cactus), en premier arrière plan plusieurs Opuntia engelmannii (prickly pear cactus) et enfin tout au fond, les cactus saguaro.

Avec certains spécimens qui peuvent atteindre jusqu’à 15 mètres de haut, peuvent contenir plus de 3000 litres d’eau et leurs formes diverses et parfois très originales, ce n’est pas surprenant que les cactus saguaro soient devenus l’un des symboles de l’ouest américains. Le tronc du cactus saguaro est un refuge pour plusieurs espèces d’oiseaux qui y creusent des nids. Ces fruits sont comestibles et sont toujours récoltés de manière traditionnelle par les indiens Pagagos.

La meilleure saison pour visiter le parc est au printemps lors de la floraison des cactus. Nous ne sommes pas tombés durant cette période mais nous avons quand même pu apprécier la flore particulière du parc durant le mois de novembre.

2.2. Tombstone

Surnommée « the town too tough to die » (la ville trop dure pour mourir), Tombstone est une ville créée suite à la découverte d’un gisement d’argent par le prospecteur Ed Schieffelin en 1879. Située au sud-est de l’Arizona, à 30km de la frontière mexicaine et à côté des Dragoon Mountains, le territoire était alors peuplé par les Indiens. Cela ne découragea nullement Ed Schieffelin et bientôt la ville grandit et atteindra même, a son apogée plus de 10 000 habitants.

Tombstone est le prototype même d’une ville du Far West avec ses cowboys, ses saloons et ses règlements de compte à coup de révolvers.

C’est ce dernier point qui rendra Tombstone connue avec la fameuse fusillade de O.K.Corral en 1881 dont la renommée rayonnera dans toute l’Amérique et inspirera nombre de films, livres ou BD (comme Lucky Luck par exemple).

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Représentation de la fusillade de O.K.Corral

Au cours de son histoire, la ville a été incendiée plusieurs fois et l’essoufflement des mines d’argent l’on conduite quasiment à l’abandon. Mais la rénovation de son centre ville et la motivation des habitants à se déguiser en habits d’époques en fait aujourd’hui une ville très touristique. On peut ainsi déambuler dans les rues de Tombstone pour imaginer comment était la vie à l’époque des cowboys, pour manger ou boire un verre dans un saloon, visiter les bâtiments qui ont plus ou moins survécu aux incendies qu’a subit la ville ou, cerise sur le gâteau, assister à la reconstitution de la fusillade de O.K.Corral lors d’un show quotidien joué par des acteurs.

Si on est un peu sarcastique, on peut dire que Tombstone est un lieu qui glorifie le mythe Western où la violence et l’alcool ont une place importante dans la vie quotidienne, où les règlements de compte se font à coup de pistolet, où on tue les indiens, où le rôle des femmes se limite à la prostitution…

Mais le succès touristique est là et parents et enfants se promènent dans les rues de Tombstone, bottes de cowboys aux pieds et pistolet à la ceinture.

Pour la petite histoire, les noms des voies d’escalade de Cochise West font souvent référence à l’histoire de Tombstone, comme par exemple la voie The climb too tough to die, en référence à la devise de la ville ou celle que nous avons faite, Peacemaker qui était le nom donné par un des protagonistes de la fusillade de O.K.Corral, à son pistolet.

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Nous avions hésiter à descendre dans le sud de l’Arizona afin de limiter les trajets, mais Martin, qui a vécu quelques années à Tuscon a insisté pour qu’on y aille et il a bien fait car nous avons vraiment aimé Cochise Stronghold pour l’escalade et le parc de Saguaro pour ses cactus. La seule chose que nous n’avons pas réussi à faire c’est de goûter aux Tamales.

A part du grand canyon et de la ville de Page, l’Arizona est souvent délaissé au profit d’autres états, comme l’Utah, que cela soit niveau touristique ou grimpe. Il est vrai que l’Utah offre des sites d’escalade et des parcs naturels absolument grandioses mais si on cherche à sortir des sentiers battus et qu’on cherche parfois un peu plus d’aventure, un peu moins de monde et à rajouter à son voyage de petites pépites de grimpe et de nature, l’Arizona a beaucoup a offrir.

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