Pole Dancer

Le Pole Dancer est une tour située au bout du cap Raoul en Tasmanie. Son ascension est une belle aventure. La marche d’approche et l’escalade prennent une longue journée et demande aux grimpeurs qui s’y attaquent d’être bien préparés et d’être capable de naviguer efficacement dans du terrain varié. Pour nous, cette ascension représentait un vrai challenge de notre voyage par sa durée et par sa technicité.

Même si la tour ne se grimpe qu’en deux longueurs, il faut du temps et pas mal d’escalade pour y arriver. La deuxième longueur est la longueur clé, une 22 (échelle des cotations australiennes). On se rend compte de la complexité de l’approche en lisant la description dans le topo « Climb Tasmania », qui prend plusieurs pages! La description est exacte et vraiment utile pour naviguer entre toutes les colonnes et les tours situées le long de l’arête qui mène au pied du Pole Dancer.

Voici le compte rendu d’une journée bien remplie et pleine d’émotion.

5h : Départ du camping sous les étoiles. Guidés par les frontales, nous commençons à marcher sur le chemin de randonnée qui mène au Cap Raoul. La marche jusqu’au Cape Raoul nous prend 1h45-2h avec les sacs d’escalade.

7h : Au lever de soleil, nous arrivons à un couloir. Nous descendons 25 mètres en rappel et nous laissons une corde qui nous permettra de remonter ce couloir au retour.

Le ciel qui s’éclaircie ne laissant apparaître aucun nuage à l’horizon nous confirme que nous avons choisi le bon jour pour cette ascension.

Juste après le rappel nous déescaladons quelques mètres dans du terrain raide et boueux, où il faut naviguer entre des racines, le long d’une corde fixe. Le chemin devient ensuite meilleur. Nous marchons dans une végétation assez épaisse : des buissons et quelques arbres de petites tailles. Le petit chemin pour arriver au pied du Wedding Cake ne pose pas de problème si on suit attentivement les indications (scotch sur les arbres et cairns).

7h45 : Grâce aux photos du topo nous arrivons à reconnaitre les longueurs Rain of Terror, 18 et Jihad, 18 qui mène au Wedding Cake. De nos deux sacs, nous en laissons un au pied des voies avec une bouteille d’eau (qui nous servira pour le retour). Dans l’autre sac, nous prenons avec nous l’autre bouteille d’eau, la nourriture et nos affaires chaudes (doudoune et gore-tex). Par précaution (si on reste coincé quelque part), nous n’économisons pas pour prendre avec nous nourriture et affaires chaudes. Le sac que Estelle va transporter (puisqu’elle grimpe en second) est donc assez lourd (plus lourd que ce que nous portons normalement dans les grandes voies d’escalade). Quand à moi, je m’équipe avec les friends et coinceurs pour attaquer ces deux longueurs en trad.
Les deux voies sont superbes. Il y a des fissures pour protéger mais coincer n’est pas obligatoire ; il y a également de bonnes prises dans le mur. Le relais qui se trouve sur une terrasse est très agréable.

Ensuite, c’est à Estelle de grimper. Mais avec le sac à dos lourd, elle galère dans ces deux voies. Le sac l’empêche de bien faire les mouvements d’escalade. La montée de ces deux longueurs est donc déjà une bataille.

 

Une fois les deux voies d’escalade gravies, une petite traversée sur une belle arête reste à faire pour atteindre le sommet du Wedding Cake.

 

Première étape de notre épopée : le sommet du Wedding Cake

9h : Après une petite pause au sommet du Wedding Cake, nous continuons à marcher sur des vires et nous déescaladons une partie facile mais aérienne pour trouver un relais qui permet de descendre en rappel. Le mur où on descend devra au retour être remonter en escaladant en trad (niveau 10 selon le topo, plutôt 15 selon nous). Il y a plusieurs variantes qui peuvent se grimper et la remonté n’est pas donnée donc cela vaut le coup d’étudier le mur pendant le rappel.

9h30 : Nous suivons un sentier caché dans la végétation jusqu’à la longueur « Stegosaurus ». Cette longueur comporte des parties d’arête, des fissures et des cheminées faciles, ainsi que des parties de déescalade. Certaines parties ne peuvent pas être bien protégées. Le deuxième de cordée doit donc être sur de soi et avoir des réserves par rapport à la difficulté.

10h30 : Deux rappels permettent d’arriver enfin sur la plateforme située au pied du Pole Dancer. Cette plateforme nous permet de laisser le sac à dos un moment et d’attaquer la voie en mode léger.

11h30 : L’ambiance sur la plateforme laisse une impression de bout du monde. La seule présence est celle de la colonie d’otarie située 20 mètres au dessous de nous. A leurs cris s’ajoute celui des vagues qui s’écrasent sur les rochers environnants.

Le Pole Dancer est une tour en deux longueurs. La première longueur qui part de la terrasse est une 17 et la deuxième (la longueur clé) est une 22. Elle passe sur une arête de la tour et est entièrement équipée avec des spits puisqu’il n’est pas possible de poser de protection.

A partir du bloc situé sur la plateforme, nous grimpons directement une fissure qui arrive sur la terrasse et qui rejoins la deuxième longueur. Elle est un peu sableuse mais bien protégeable.

La longueur finale Pole Dancer, 22 est une des plus belles longueur de ma vie. Le rocher est d’une grande qualité avec des prises parfaitement sculptées. Il y a juste quelques prises à l’ombre qui peuvent être un peu glissantes à cause de la proximité de la mer et du sel. C’est peut-être aussi la 22 la plus dure de ma vie. Je dois préclipper le deuxième spit. Ensuite, c’est une grande bataille pendant chaque mètre sur des verticales et quelques mauvais pieds. La voie est physique et technique en même temps. De grimper complétement à la limite sur un endroit si isolé est très intense. La difficulté de la longueur se comprend aussi en sachant qu’Estelle a besoin de 2 pauses en moule. D’être au sommet ensemble et avec l’impression d’être seul au monde est émouvant et un petit rêve!

Mais nous n’avons pas le temps de fêter trop longtemps comme il reste le retour à faire – un autre challenge sérieux surtout avec la fatigue d’une longue journée.
Avec la double corde de 60 mètres, nous descendons en une fois du sommet jusqu’au grand bloc sur la terrasse.

12h30 : Après la descente de la tour du Pole Dancer, nous nous attaquons au retour. Pour cela nous devons refaire tout le chemin, y compris l’escalade, en sens inverse. Pour rejoindre le Stegosaurus, il faut escalader les longueurs descendus en rappel. La première longueur remontée (le dernier rappel de l’aller) est facile à part la fin où il faut négocier 5 mètres de verticales avec peu de protection.

La longueur Stegosaurus garde la même difficulté dans l’autre sens. J’ai posé un peu plus de protection et un tirage horrible m’a presque plus fatigué les bras que l’escalade.

Puis, nous marchons de nouveau sur le chemin, pour retourner au pied du Wedding Cake. Nous n’avons presque pas d’information dans le topo sur la voie qu’il faut grimper de ce côté du Wedding Cake. 2/3 sont évident et pas très dur (sauf une petite cheminée avec le sac pour Estelle) mais après la lecture devient plus compliquée. De la magnésie est visible pour des variantes tout droit mais elles ont l’air dures et engagées. Je choisis donc une variante à droite (grande cheminée facile au début) où on grimpe presque à l’intérieur des colonnes. Ça se grimpe très bien et la possibilité pour la protection est bonne. En revanche, il y a beaucoup de tirage de nouveau. Ensuite, nous gravisons (pour la deuxième fois) le sommet du Wedding Cake, et nous descendons en deux rappels les fissures de la montée.

Heureusement tous les rappels se sont bien passés. Nous n’avons jamais coincé la corde.

17h : Après un peu de marche et la remontée sur notre corde fixe du couloir pour retrouver le chemin de randonnée du Cape Raoul, nous nous installons pour un autre petit pique nique sur le point de vue qui permet d’apprécier tout le parcours qu’il faut faire pour arriver au Pole Dancer.

description Pole Dancer
19h : Après la marche retour sur le chemin du Cape Raoul, nous sommes de retour au camping après une sortie de 14 heures. Nous arrivons avant la nuit et nous en profitons pour aller se régénérer au sauna du camping.

Cette journée est une des meilleures de notre voyage. C’est une aventure dont on se souviens toute sa vie. Nous n’étions pas sûr de pouvoir réussir et encore moins la faire en seulement 14 heures. Nous avons eu la chance d’avoir une bonne fenêtre météo à la fin de notre séjour en Tasmanie. Cela nous a permit de tenter l’ascension du Pole Dancer avec des conditions parfaites.

Alors le Pole Dancer, ça vous tente aussi?

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