Refuge de Frey

On commence enfin la partie escalade de notre tour du monde. Et on ne commence pas vraiment en douceur puisque notre première étape est au refuge de Frey. Le style d’escalade : des fissures en trad. Pas vraiment, ce qu’on a l’habitude de grimper. En fait, à part pour l’alpinisme et pour l’Elbstanstein (mais là c’est encore autre chose), on n’a encore jamais grimper en trad. Donc pour nous, c’est déjà un peu l’aventure.

Il est possible de dormir et d’avoir la pension complète au refuge de Frey mais comme on a emmené tout le matériel de camping pour le voyage, on décide de monter la tente et de la nourriture pour 5 jours avec nous.

  1. Montée au refuge

La montée au refuge est une randonnée de 700 mètres de dénivelé et de 10 km. Elle commence à Villa Catédral (bus 55 à partir du centre Bariloche jusqu’au terminal de la ligne). La première partie est une longue traversée pratiquement sans dénivelé. On a une belle vue sur des lacs, la végétation est riche et on voit aussi beaucoup d’arbres brulés lors d’un incendie il y a 15 ans environ. Puis après avoir fait à peu près la moitié de la distance, on commence à monter dans la forêt, le long d’une rivière. Juste avant d’entrée dans la forêt, on a un aperçu au loin de la Torre Principal, la plus haute tour de Frey. On a eu beaucoup de mal à monter avec nos gros sacs (matériel d’escalade pour le trad, les rappels, de la nourriture pour 5 jours et la tente). De plus, sur un mauvais conseil nous avons pris inutilement crampons et piolets. Nous avons mis presque 5 heures.

On peut souvent lire des commentaires positifs sur la randonnée jusqu’au refuge. Pour être franc, c’était pas vraiment une partie de plaisir. On aurait peut être pu mieux l’apprécier avec des sacs moins lourds. Surtout avec cette traversée qui ne semble jamais finir. Par contre, lorsque l’on passe le col final et que l’on découvre le refuge entouré de ces aiguilles, on ne peut qu’apprécier la beauté du lieu.

Arrivé un peu trop tard et surtout trop fatigué pour grimper. On s’installe dans la salle extérieur du refuge, réservée pour les personnes qui cuisinent elles-même (qui ne prennent pas le repas du refuge), ce qui nous permet de discuter de nos futures options avec les autres grimpeurs.

Et on a déjà hâte de tâter les fissures le lendemain.

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Au total nous avons fait 3 jours d’escalade à Frey. Nous avons fait surtout des classiques faciles et bien protégeables sur les conseils des autres grimpeurs présents.

Le premier jour nous avons grimpé à Aguja Frey le Diedro de Jim et Sifuente-Weber.

Le deuxième jour, nous sommes allés à Torre Pincipale par la voie normale.

Le troixième jour, nous avons fait des voies sur les tours El Abuelo et M2.

2. Aguja Frey

Agura Frey est la tour située juste à côté du refuge. La marche d’approche se fait sans problème en dix minutes du refuge pour la Sifuentes-Weber. Pour Diedro de Jim, il faut encore monter un couloir à droite (II). Nous sommes monté sans tirer de longueur.

Diedro de Jim, L1 : 5, L2 : 5 :

Notre première voie en trad complètement sur protections mobiles mais avec des bons relais sur spits. La première longueur est un dièdre soutenu et assez long (30 mètres). Le froid et le vent ont rendu la grimpe encore plus dure. On a pu se réchauffer un peu au premier relais qui est super confortable. Pour la deuxième longueur on avait directement le plaisir d’attaquer une fissure très pure. Une très belle ligne pour commencer notre séjour à Frey. Avec notre rappel nous avons pu descendre en une seule fois.

Sifuentes-Weber, L1 : 5, L2: 5+, L3 : 5, L4 : 5 :

Après un petit pique-nique on a profité du temps qui avait l’air de rester stable pour attaquer la deuxième voie du jour.

Pour L1, nous choisi la variante en 5 car c’est une belle fissure mais il y a une variante plus facile en 4. Les difficultés ne sont pas soutenus mais pour une 5 ce n’était vraiment pas facile. Relais très agréable sur spits.

L2 est très longue, très variée, pas donnée non plus mais c’était un super challenge. Beaucoup de fissures, un peu de failles et en plus de bons placements pour les coinceurs et les friends et il y aussi beaucoup de pitons. Juste avant le relais il y a une traversée assez dure vers la gauche. Mais en essayant de passer avec un coincement de main c’est passé tout seul.

L3 monte d’abord tout droit. C’est dur pour la cotation. Après, elle continue avec une traversée a droite qui est moins dure.

Nous avons trouvé que L4 était la plus belle mais on s’est pas mal battu avec le temps. Le froid, le vent et même des flocons de neige nous ont attaqué. On est content de ne pas avoir abandonné parce que la longueur qui mène au sommet est une des plus belles qu’ on jamais fait. Une fissure avec beaucoup de failles et des bons pieds mène à un mur bien compact avec des failles et un spit et la fin passe dans un super devers avec des bacs. En plus elle se termine directement au sommet avec une vue extraordinaire au dessus du lac et du refuge !

Pour descendre on a rappelé la dernière longueur et avec la rappel de 60 mètres on a réussi de descendre jusqu’ au couloir de Diedro de Jim et à descendre à pied.

3. Torre Principal

Le soir de notre premier jour d’escalade à Frey, un couple nous a dit que la météo devait s’améliorer le lendemain à partir de midi. Ainsi, nous avons pris la décision plutôt optimiste d’essayer Torre Principal (Princi pour les intimes) qui est le plus haut sommet des aiguilles de Frey et même le deuxième plus haut dans la région de Bariloche après El Tronador. Le matin, il ne faisait pas trop moche donc nous avons fait la marche d’approche le long de M2 et Abuelo et une traversée en suivant les cairns. La montée vers la Principal commence dès qu’ on la voit. Puis, après quelques névés de moins que 100 mètres, il reste une montée dans les cailloux et quelques marches à grimper. C’est du terrain un peu pénible mais pas vraiment difficile. Après 1h40 on est arrivé au pied d’un petit couloir qui monte dans un col dans l’arête du sommet.

Suivant le niveau des grimpeurs, les variantes prises ou la façon de compter les longueurs on peut décrire la voie de différente manière. Nous présentons donc notre variante qui en est une parmi d’autres:

L1 : 3+, L2 : 3, L3 : 2 (traversée), L4 : 4, L5 : 1 (traversée), L6 : 4+, L7 : 3+, L8 : 6a :

L1 : La montée commence avec du rocher pourri pendant 5 mètres, puis arrivent de belles fissures faciles. Nous sommes passées devant un premier relais avec des sangles mais nous nous sommes arrêté au deuxième, situé sur l’arête, equipé lui aussi avec des sangles et des vieilles cordes.

L2 était facile avec juste quelques pas isolés de 3 sur une arête large avec des blocs.

L3 traversée très facile sur une belle petite arête. Dans L1-L3 il y avait déjà un peu de glace ou de la neige de la nuit collée sur le rocher ce qui rendait l’ascension pas facile. De plus, la météo n’a pas était ce qui nous avait était promis. Elle était tout le temps en train de changer entre soleil, nuages et même neige. En plus il y avait un vent fort ce qui rendait les conditions vraiment dures.

L4 était bien sèche et située sur un côté protégé du vent. C’est une longueur soutenue et longue avec des fissures et des failles. Elle se protège plutôt bien mais il y aussi quelques blocs qui demandent une grimpe prudente. Les derniers mètres pour rejoindre un bon relais spité se trouvaient dans une fissure avec de la glace et du rocher mouillé. Challenge.

L5 Une petite marche sur une vire pour aller au pied de la prochaine longueur. Relais avec des sangles autour d’un grand bloc.

L6 Il nous a fallu pas mal de courage pour la faire parce qu’elle était raide et que la deuxième moitié est une fissure large avec des blocs coincés à la fin qui créent un surplomb. En plus elle était mouillée et couverte avec de la neige sur certaines parties. Et tout ça en trad ! Pourtant peu à peu nous avons avancé et on a même pu enchainer la longueur. Pour imager un peu la chose, la démarche qui ressemblerait le plus à cette ascension serait celle d’une grosse chenille qui essai de remonter un tube. Michel a essayé ensuite d’utiliser tout son corps pour le rétablissement à la fin. En utilisant la technique du balancier il s’est retrouvé à plat ventre sur le rocher et moi je ne voyait plus que ses jambes remuer dans le vide. Il a choisi ce moment pour me dire :

— Ah ici je dois faire un repos.

Une minute de pause encore les jambes dans le vide, puis il a pu se redresser pour faire le relais.

Nous nous sommes pas monté de la façon la plus élégante, mais c’est passé. Heureusement le relais était agréable et protégé du vent. Il nous a fallu un peu temps pour nous réchauffer et faire revenir le sentiment dans les doigts.

L7 est courte avec plusieurs terrasses et juste un petit mur de 3 mètres un peu plus dur avant de rejoindre le col au pied de l’aiguille du sommet.

L8 était complètement sèche ce qui est nécessaire pour pouvoir la faire parce que c’est un mur bien compact sans fissure. Elle est bien équipée avec des spits (sauf le début ou il faut faire un peu attention) et offre une escalade magnifique plus ou moins verticale, technique sur du bon rocher. Après une autre bataille avec le vent et le froid on est arrivé sur ce beau sommet. La grimpe nous a pris 3.5h.

La descente en suivant les relais est très logique même si on a mis un peu de temps pour être absolument sûr de ne pas coincer la corde. La descente nous a pris 2.5h parce qu il y souvent un peu de marche entre les rappels ce qui prend du temps pour gérer la corde. Après une bonne pause à l’abri on est rentré au refuge bien content avec la journée et cette expérience patagonienne avec l’escalade dans des conditions rudes.

4. El Abuelo, M2

Accès : On suit le lac jusqu’à la montée à gauche dans le col (panneau). A partir du col on suit l’arête qui est très large et grâce à quelques cairns on arrive d’abord à M2 et après à El Abuelo. Pour El Abuelo on est monté à gauche pour faire une traversée au niveau du petit col et arriver au pied de la voie par le haut. Pour M2 c’est plus facile, entre des grands blocs on arrive sur la vire avec le départ des voies.

El Abuelo, Normale droite, 5+.

Fissure et faille pour dulfer facilement protégeable. Il faut poser une bonne protection avant d’attaquer la traversée à droite. Ce n’est pas dur mais assez engagé car on a pas osé de mettre des friends derrière les failles un peu fragiles dans la traversée. Ça fait donc 5 mètres sans protection. Le spit après est très important car il protège un passage dur qui est court mais vertical et compact. Arrivé sur une petite vire il reste une dernière fissure de 2.5 m avant de rejoindre le sommet qui est large et confortable.

Descente en rappel sur le même relais. Important de savoir que ce relais s’utilise aussi pour toutes les autres voies pour descendre d’ El Abuelo.

M2, Del Diedro, 5+.

Une des meilleures longueurs de notre séjour à Frey. Raide, soutenue, physique, très bonne protection, plusieurs fissures, failles, dièdre, un petit surplomb… il y a tout. En plus la voie se termine sur une très belle aiguille. La voie est plus facile qu’elle en a l’air parce qu il y a une deuxième fissure qui est cachée.

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Nous serions bien resté plus longtemps à Frey car le coin est très beau, il y a beaucoup de rochers et l’ambiance était très sympa, mais à force de faire des ascensions dans le froid et la neige nous sommes tombés un peu malade et nous avons décidé de redescendre sur Bariloche pour chercher une météo un peu plus clémente et des sites de couennes un peu moins aventureux.

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